Dans la solitude des champs Creusois

Si tu as un minimum de culture théâtrale, tu auras reconnu le petit clin d’oeil à une pièce de théatre écrite par Bernard-Marie Koltès en 1985 (comment ça tu n’étais pas né?), sinon, je t’invite à lire ce petit bouquin de quelques pages édité aux éditions de minuit : « Dans la solitude des champs de coton »

Mais revenons à nos champs Creusois…

Il y a dans la terre d’ici une autre vie. Il y a la nature qui t’envahie, les arbres partout, l’herbe verte toujours, les champs de cailloux, l’air doux et frais, les saisons, les vraies. Il y a le cri des buses dans le silence de midi, le bruissement des feuilles dans l’odeur du printemps, le chant du coq, qui répond au coq voisin qui répond au coq du village un peu plus loin…

La solitude, si tu ne la choisis pas, elle te dévore. 4 maisons habitées dans un village, c’est presque un luxe. Et l’hiver, quand la neige a tout recouvert, tu te souviens de la civilisation quand le bruit du chasse-neige vient troubler le temps suspendu de son moteur sourd.

La solitude, elle se cache dans les week-ends au jardin à ne voir passer qu’un camion boulanger ou un facteur pressé. Elle joue avec avec ta télé, ton portable, ton PC, tout ce qui pourrait te raccrocher aux sons parasites de la vie des autres, de la vie des villes. Elle se cache dans le ronronnement lointain d’un tracteur de paysan qui tue sa monotonie en parcourant les routes sinueuses, botte de foin accrochée à la fourche.

La solitude elle te taquine, quand le temps de l’ennui, entre deux travaux de jardinage, tu repenses à ceux qui sont restés dans les villes où tu t’es vu grandir. Elle titille la nostalgie des nuits sans étoiles, des pic-niques improvisés à chercher un coin de verdure dans ces rues de béton et de briques, des festivals hebdomadaires, des musées contemporains, des films d’art et d’essai trop incompréhensibles qu’on en parle sur le trottoir pendant des heures sans se lasser.

La solitude elle s’agrippe sans s’accrocher vraiment, parce qu’avec cette nature, plus grand chose n’a de prise. Parce qu’il y a la famille, les amis, les villages et leurs ragots. Il y a tout ce qu’ont les villes, mais en plus doux, en plus petit, en plus lent.

La solitude elle te caresse comme un souffle chaud, elle s’affole et s’agite, mais si elle voit que tu l’ignores, elle va vite voir ailleurs. Ca ne veut pas dire que le manque n’existe pas, ça ne veut pas dire que tout est plus facile, ça veut juste dire que pour vivre heureux, on apprend à la regarder avec amour, la solitude.

Je préfère ma solitude des champs Creusois à celle des villes bruyantes et agressives…

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2 réflexions sur “Dans la solitude des champs Creusois

  1. Très bel article vraiment ! Eh dire que je suis d’origine creusoise et que je n’y ai pas mis les pieds depuis des années ! Souvent je me dis que j’aimerais y retourner pour me rapprocher de mes racines et expérimenter cette solitude dont tu parles et qui semble finalement étrangement attirante.

  2. merci 🙂
    Y revenir pour voir, comme ça, ressentir, se souvenir peut-être… Tu y es née pour en partir, je suis partie pour y naitre 🙂

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