Le fond du nichon.

…Ou quand la source se tarie par désertification buccale…

Oui, le Co-allaitement, j’y croyais parce que j’avais lu des récits encourageants.
Non, ce n’était ni une évidence, ni une certitude.
Oui, j’espérais pouvoir tenir le temps de la grossesse et finalement allaiter le grand et le petit.
Non, je n’étais pas sans doutes, ni craintes.
Oui, je savais que mon lait allait changer de gout et de consistance pour se préparer à la naissance.
Non, je ne prétendais pas passer ce cap sans heurts.

Oui, une fois de plus, mon allaitement est un calvaire…

Il faut quand même savoir que si lors de ta première grossesse tu avais remarqué une nette augmentation de la sensibilité de tes seins, parfois jusqu’à ne plus supporter le frottement du tissu sur les tétines, sache que pour la deuxième grossesse, c’est pareils. Alors, ajoutons à cela la succion frénétique d’un petit goulu et il ne te reste plus qu’à serrer les dents, les fesses et le reste. Oui, c’est douloureux, mais malgré cela, j’ai tenu bon. Quand on sait pourquoi on nourrit son enfant, les convictions sont plus fortes que la douleur. Tout cela, ce n’était pas grave.

Mais depuis une semaine, peut-être plus, je ne sais plus, mon lait a changé de couleur, très légèrement, on peut aisément en conclure qu’il a changé de goût aussi et de texture peut-être. Ça ne lui a pas plu. Il boude le sein.
D’abord, il a moins tété. Puis, il se jetait sur mes seins, tirait sur le tee-shirt, s’accrochait au téton, mais après trois succions se détachait. Il revenait quelques minutes plus tard sur l’autre sein : même scénario.

Finalement, il ne réclame plus. Parfois, il tire sur le tee-shirt, regarde mes seins et s’en va.

De là, même si tu sais que qu’il était fort probable que cela t’arrive, la tristesse est immense. Chaque jour qui passe tu espères et tu désespères. Finalement, quand enfin tu te résigne à admettre que ton allaitement est terminé, que même tes seins ont compris le message, il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer quand tu croises une nichonneuse en allaitement long ou une co-allaitante épanouie…

Parce que ça fait mal même si on te balance gentiment dans le coeur que bon, « tu l’as un peu cherché quand même, ils sont trop rapprochés tes gamins ! »
« Et puis c’est pas si grave, 15 mois c’est déjà vachement bien »

Oui, c’est « Vachement bien » surtout quand on connait mon histoire et mon acharnement, mais personne ne te demande de commentaires, juste d’entendre une douleur, une séparation qui fait mal, la fin d’un temps, d’un bon temps.

Et maintenant, il faut réapprendre. Réapprendre à consoler, à câliner, à apaiser, à guérir, à endormir… et à nourrir.

Parce qu’après la culpabilité (que personne ne semble accepter d’entendre…) de ne plus pouvoir donner le meilleur de soi pour nourrir son enfant, il faut encore passer outre la seconde culpabilité qui est de devoir donner en toute conscience un substitut que l’on sait inadapté (voire même dangereux) à son enfant. Parce que les pédiatres, parce que les lobbies, parce que la désinformation, parce que la peur des parents, parce que…

J’en suis là aujourd’hui, à ne plus savoir ce que je peux donner de « pas trop » mauvais à mon fils pour le nourrir sans le sur-doser en sucres, en aluminium ou en saloperies du genre que l’on trouve en masse dans le lait de croissance « officiels ». Dans le doute, dans l’ignorance, dans l’enfer de la désinformation, j’alterne entre les laits de chèvre, de croissance, les laits végétaux en tous genres (riz, avoine, soja…) et j’espère que ça limitera les potentiels dommages collatéraux…

Alors tu vas me dire : « Mais pourquoi tu ne tires pas ton lait? »
Oui, j’y ai pensé, car même si le gout est différent et semble déplaire à mon petit homme, il est encore possible d’y ajouter quelques légumes pour feinter le bambin. Sauf qu’une fois passé en autocrine, le sein devient un petit capricieux qui ne se laisse pas traire facilement. Alors même si j’ai toujours eu beaucoup de mal à faire des stocks de lait et à tirer convenablement, là, c’est une véritable catastrophe.
Après avoir choisi un tire-lait de compet’, adapté à ma connasse de poitrine, j’ai pompé, pompé, pompé jusqu’à ce que mort s’en suive… non, mais presque : 30 minutes de pompage par sein et résultat : 1 ml !

Alors, je me résigne, j’essaye d’accepter ma condition et j’apprends à faire sans…

Mais vraiment, j’ai mal, là, au fond du nichon, le truc qui palpite…

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16 réflexions sur “Le fond du nichon.

  1. même vécu et même douleur au fond du nichon là ou ça palpite..courage, j’en ai chialé deux semaines et maintenant, quelques mois plus tard je le vis mieux, j’ai fait le deuil de cet allaitement et je me réjouis de voir mon fils si épanoui.
    Ça ne m’empêche pas de garder l’espoir qu’il demande à téter lui aussi dans un peu plus de 2 mois..
    Le plus dur reste de le voir se détacher de soi et grandir au final, même si on en est si fières…

    • oui, c’est exactement cela, espérer un retour après la naissance et la difficulté d’accepter que son enfant change et grandit malgré la fierté, exactement !

  2. On en avait déjà parlé mais tu peux rayer les laits de croissance de tes substituts. Ils n’ont aucune valeur ajoutée et aucune utilité supplémentaire par rapport à un lait de vache classique, rapports de l’OMS et du Collège des Médecins Enseignants à l’appui, donc quitte à donner du lait de vache, autant le donner « pur » et pas avec des tas de saloperies rajoutées dedans…

    Bon courage pour ce cap difficile:/

    • Merci pour l’info, effectivement, ce sont des informations de ce genre que je cherche, j’essaye de lire tout ce que je peux sur le sujet, afin de faire le pas, car parfois, comme dans mon cas, même quand on sait, on hésite, parce qu’on garde au fond de la tete que le médecin a toujours raison, que lui, il sait et qu’il ne PEUT pas faire de mal ou se tromper… alors la lutte est terrible en moi entre ce que je lis, ce que j’apprends et les conventions bien encrées. Mais si l’OMS s’y met, alors ok 🙂
      Merci

  3. Rholala comme j’ai mal pour toi…
    Tes douleurs, tes questionnements et tes culpabilités, je ne les partage que trop bien. Tous tes mots font écho en moi, et quoi que je puisse dire j’ai peur que ça ne t’aide pas.
    Je suis désolée que cela se termine ainsi…

  4. tu as tout mon soutien pour surmonter ce cap difficile. je ne pense pas que ces mots vont vraiment t’aider mais sache que ton texte m’a beaucoup ému et peut-être écrire tout ça t’aidera à apaiser tes doutes. Bonne continuation dans ta grossesse!

  5. J’ai eu beaucoup de difficulté avec l’allaitement aussi. Ce fût un grand deuil lorsque j’ai arrêté…car crois-le ou non, peu importe ce qu’en disent les experts..le fond du nichon ça sonne en moi : les seins vides. J’ai eu beau essayé une panoplie de trucs…rien à faire la production diminuait dangereusement..jusqu’à la panne sèche quoi! J’ai donné tout ce que je pouvais à ma fille et je le fais encore. Je refuse de croire que ce que je lui donne est  » poison » . Non ce n’est p-e pas aussi bon que le lait maternel mais il y a tant de bébés qui ont été nourris comme ça. Ma propre soeur qui a été allaitée plus longtemps que nous ( 14 mois), est celle qui a la santé la plus fragile dans notre famille.Alors oui, allaiter son enfant et lui donner le meilleur, je suis d’accord mais pas au détriment du bien-être de la maman. J’espère que tes doutes, tes craintes s’apaiseront rapidement. Je connais trop bien ce sentiment de culpabilité qui nous ronge et je pense que quand maman ne se sent pas bien , bébé le ressent. Je t’envoie une bonne dose de courage xxx

    • J’essaye effectivement de panser mes blessures car je sais que mon fils ressens beaucoup les choses et parfois j’ai peur que ma culpabilité ou ma tristesse ne le fasse aussi culpabiliser… qui a dit tordue?
      Merci en tout cas.

  6. J’ai mal au nichon pour toi.
    Je comprend ta douleur et ta culpabilité, je les sens à travers tes mots, même si cette dernière n’est pas justifiée, car c’est la faute à la nature pas à toi (rentres toi bien ça dans le crâne), elle est compréhensible. Il ne faut pas l’ignorer ou la minimiser, elle est là. C’est votre histoire, ton ressenti, ton émotion et personne ne doit te dire comment le vivre. De toute façon ce n’est pas contrôlable.
    Tu as fait le meilleur, le plus possible, tu t’es donné à fond, jusqu’au fond du nichon donc cette culpabilité est certainement saine et va t’aider à continuer de faire le meilleur pour ton petit, pour qu’il le vive bien, pour construire un nouveau chapitre à votre histoire.
    La douleur s’estompera petit à petit, tout comme ta culpabilité, pour laisser place à quelque chose de nouveau, je ne sais pas quoi mais sûrement quelque chose de beau.

    Bisou

  7. Oh comme je me retrouve dans ton témoignage! moi aussi, je suis enceinte de bébé 4, j’allaite encore bébé 3 qui a maintenant 18 mois… je ne pensais pas être enceinte en allaitant et surtout « naturellement » sachant qu’il m’aura fallu maintes traitements hormonaux pour pouvoir l’être de mes trois premiers (enfin bref ceci est un autre sujet 😉
    Par contre, tout comme toi, je pensais allaiter ma fille le plus longtemps possible, et même si ma grossesse n’est qu’au début, je sens que ça va être difficile, mais,tout comme toi je bien l’intention de m’accrocher,
    mais, déjà au bout d’un mois et demi, j’ai l’impression de revivre mon début d’allaitement, qui a été si compliqué à mettre en place; Les douleurs du début , où faute de pouvoir crier, tu serres les dents (et les fesses) comme tu le dit très fort…
    je ne suis pas encore passé au stade du changement de lait, mais je vois déjà que ma puce me demande moins… je sais que quelques mamans arrivent à passer une grossesse sans heurts et que le co-allaitement fonctionne très bien…on verra pour nous…toujours est-il que lait de suite il y a, ça ne sera sûrement pas du lait de croissance!!
    belle fin de grossesse

  8. je ne suis pas à ta place mais j’ai mal au coeur pour toi …. je n’ose pas y penser pour ma doudoune … en même temps pour le 3 ème c’est pas avant 5 ans donc …

  9. Bonne continuation à toi. L’allaitement se termine douloureusement pour toi, et tu auras sûrement besoin de temps pour passer ce cap douloureux.
    Du fait que tu ne tires qu’1 ml en 30 minutes, c’est juste que souvent la grossesse inhibe la lactation.

    J’ai été enceinte de ma troiz quand mon deuz a eu 15 mois. C’était une surprise pour moi. J’ai pû continuer à allaiter, et j’ai même co-allaité… Et très sincérement, c’est un point de vue perso, mais je ne le ferai plus. J’ai souffert également du sevrage que j’ai dû imposer à mon deuz, au vu de circonstance certes atténuantes… Mais je culpabilise encore (un an et demi plus tard)…

    Pour moi, le prochain bébé, après le sevrage naturel de ma fille… J’ai trop souffert des suites du coallaitement 😦

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