Les petites victoires silencieuses.

revolution3Je me souviens de toute cette période à grandir, à devenir, ces journées pesantes (ou pas) sur les chaises bancales de l’école, les premiers pas dans le monde du travail, l’indépendance progressive et toutes ces choses à prouver. Avant d’avoir mes enfants, je n’étais qu’une machine à succès mal programmée. J’ai passé mon temps à courir après la reconnaissance de mes parents, de mon entourage et à choisir des options pas toujours adaptées pour prouver que j’étais forte ou capable ou intelligente ou indépendante ou que sais-je encore. Je voulais que ma famille m’admire pour mon courage, m’aime pour ma réussite sociale, me considère et me fasse une place dans leurs multiples regards brillants qui ne s’adressaient jamais à moi.

J’en avais besoin et chaque victoire se voyait appuyée de grands mots comme « je suis fière de moi », « j’ai réussi » mais qui ne trouvaient aucune résonance chez eux, ceux qui valident, les grands, les parents, les sachants, ceux qui n’ont plus rien à prouver. Et j’étais malheureuse, mon bonheur semblant dépendre de leur satisfaction à mon égard.

Et un jour j’ai dis Merde. J’ai rencontré un homme qu’ils n’ont d’abord pas voulu rencontrer : « tu comprends, tu nous en as présenté tellement qu’on aimerait bien que le prochain soit le bon, alors on verra plus tard » … Et justement, ce fut le bon. J’annonçais ma grossesse, ils acceptèrent de le rencontrer. De ce jour, le côté irréversible des choses allait tout changer. Avant, si je prenais une décision qui ne leur convenait pas, je pouvais toujours faire marche arrière, rebrousser chemin ou corriger le tir. Et je le faisais, pour leur plaire. Une fois enceinte, plus rien ne peut être changé. Ni le père de l’enfant, ni les choix obligatoires qui accompagnent une naissance, ni la date et l’heure de la naissance, il faut savoir accepter et lâcher prise. Et j’ai eu du mal, mais presque sans m’en apercevoir, j’ai changé, j’ai tenu mes choix, j’ai soutenu mes projets, j’ai cessé petit à petit de vivre pour eux et j’ai choisi des orientations pour moi.

J’ai gagné mon indépendance en silence, j’ai fais mon chemin en silence, j’ai pris ma vie en main, sans laisser de place aux polémiques et aux idées toutes faites. J’ai enfin compris que les choix que je faisais étaient adaptés à moi et ma famille, qu’ils ne conviennent pas à mes parents était logique, chacun sa vie et sa place dans son univers. Eux ne peuvent toujours pas s’empêcher de s’adonner à la critique de nos directions ou de nos idéaux mais je laisse passer les mots d’une oreille à l’autre sans m’y arrêter.

Une vraie grande révolution que ce changement, et pourtant, tout s’est fait en silence et en douceur au point de m’entendre dire très calmement mais fermement à ma mère, pleine de colère de nous voir déménager bientôt et de ne pas maîtriser elle-même ce changement :  » Je comprends que tu sois inquiète, mais nous avons pris la bonne décision pour nous et notre famille, sois en sûre » et de clore la discussion.

Il m’aura fallut 35 ans. C’est pas si mal, y’en a qui ne s’en sortent jamais 🙂

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3 réflexions sur “Les petites victoires silencieuses.

  1. J’ai l’impression que quand on est jeune, il faut toujours suivre l’avis des parents, car ils sont plus expérimentés, connaissent mieux que nous les aventures de la vie si je peux appeler ça comme ça, savent mieux ce qui est bon pour nous ou pas…. mais une fois qu’on est bien indépendant on vit pour nous! Quelque soit l’avis des parents… Je n’ai que 20 ans donc je peux pas trop me prononcer mais je vois ça comme ça… Au bout d’un moment on vit pour nous et non pour eux.
    Bravo en tout cas.
    J’aime beaucoup te lire!
    Bises 🙂

  2. Très beau billet! Et quelle satisfaction de se rendre compte de ton chemin accompli non? J’ai 30 ans et je suis là dedans aussi. Comment faire pour vivre ma vie sans vouloir satisfaire les Autres, les parents 😉 J’avance petit à petit. Te lire m’a fait me rappeler que j’ai encore ça sur le feu.

  3. Il faut en effet savoir se détacher de se besoin d’approbation pour faire ses propres choix, c’est une étape difficile mais ô combien nécessaire.
    J’ai aussi une petite fille en bas âge et je suis végétalienne depuis quelques mois donc mes choix ne sont pas toujours compris, c’est très agaçant cette situation où il faudrait se justifier en permanence ! :/

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