Ça ne fait pas de bruit.

objet--feuilles--enveloppe--lettre_3135482Ce soir là, je ne me suis pas couchée plus fatiguée que d’habitude. Cette nuit là, montoupetit n’a pas tété plus que d’habitude. Ce matin là, je ne me suis pas réveillée plus stressée que d’habitude.

La matinée fut égale à toutes les autres matinées. Les cris des enfants, les pleurs, les rires, tout était semblable ou presque à un samedi ordinaire.

Après le repas du midi, j’ai mis tout ce petit monde au lit, avec calme et amour. J’ai rangé les jouets qui envahissaient le salon, j’ai ensuite méthodiquement plié le linge des enfants et terminé le ménage sommaire de la maison.

J’ai fait réchauffer un reste de repas et nous avons mangé dans le bruit grésillant et presque inaudible de la télévision. Après le repas, j’ai mis la vaisselle à laver, j’ai préparé un sac et je l’ai posé là, près de l’entrée, avec la poubelle à sortir.

J’ai regardé l’homme, j’ai regardé le sac, j’ai regardé la poubelle, j’ai regardé l’homme.

J’ai pris le sac, j’ai pris la poubelle, j’ai dit « je vais prendre un peu l’air » et je suis sortie. J’ai posé le sac dans le coffre de ma voiture, jeté la poubelle dans la benne, mis le contact et j’ai roulé.

Si j’avais été dans un film américain mélodramatique, on aurait vu rouler la voiture, pleurer la conductrice, défiler les paysages des différents Etats qu’elle aurait traversé pour mettre le plus loin possible d’elle cette vie qu’elle abandonnait sauvagement sans un adieu. Mais on ne vit pas dans un film américain mélodramatique, d’ailleurs on n’est même pas en Amérique.

Non, j’ai roulé une vingtaine de bornes, jusqu’au premier troquet à peut près confortable dans le coin, j’ai commandé un chocolat chaud avec double ration de sucre et j’ai passé les 4 heures suivantes à rédiger une lettre, une lettre qui dirait tout, sans colère, sans heurts, sans reproches, juste des mots vrais qui raconteraient comment, pourquoi, que ce n’est plus possible, là, maintenant, comme cela.

Je suis rentrée fatiguée mais apaisée. J’ai regardé l’homme et son air inquiet, j’ai regardé les enfants qui jouaient. J’ai embrassé le grand, j’ai sorti le sein pour le petit, j’ai tendu la lettre à l’homme.

J’ai laissé le temps entre nous, le temps de lire, de pleurer, de relire, de se calmer.

On a parlé tranquillement de ce qui est, plus vivement de se séparer, puis calmement d’essayer encore, autrement. On a posé des limites, on a redéfini les bases de notre couple maintenant qu’on est 4, tout est plus compliqué.

Ca n’a pas fait de bruit cette petite révolution, pas de portes qui claquent, pas de cris déchirants, mais les coeurs se sont soulevés parce qu’on a frôlé la déchirure et la mono-parentalité…

Je suis épuisée.

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11 réflexions sur “Ça ne fait pas de bruit.

  1. Il n’y a pas de mot qui me vienne… J’ai juste envie de te serrer dans mes bras et de te dire laisse toi allez… Je t’envoi tout pleins de jolis ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ….

  2. Rholala! Ca me parle évidemment parce qu’on a connu ça de près, la mono parentalité.
    Et puis on a fait bougé les choses de façon très concrète, réparties les tâches autrement, allégé le quotidien pour ne plus s’épuiser, retrouver la joie d’être ensemble, tous les quatre et tous les deux.
    Courage pour cette (r)évolution silencieuse ❤

  3. J’ai laissé passer un peu de temps pour réagir. Entretemps, j’ai relu, puis encore relu. Trois fois, cinq fois…
    Très touchant. Il faut continuer à se battre. Ta bataille personnelle est parfaitement bien racontée.

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